Sophie Laly

NOTRE ÎLE, TON ÎLE, MON ÎLE

© Sophie Laly

UNE INSTALLATION VIDEO CORPS-DANSE-PAYSAGE DE SOPHIE LALY

Une création de Sophie Laly d’après son voyage réalisé avec le danseur Sylvain Prunenec le long du 48e parallèle – Nord, de la Bretagne jusqu’à l’île de Sakhaline en Russie de mai à octobre 2019.

Conception Sophie Laly en collaboration avec Sylvain Prunenec et Ryan Kernoa
Captation vidéo, montage Sophie Laly
Danse Sylvain Prunenec
Production et musique originale Ryan Kernoa

Durée estimée 50 minutes

Production Association du 48 Coproduction Institut Français de Russie, Format – Ardèche, Comité Film de danse – Ministère de la Culture – DGCA (demande en cours)

Aide à la résidence pour le tournage en Bretagne Far West, résidences d’artistes à Penmarch, Finistère  

Soutiens logistique pour le tournage en Europe et Russie Institut Français de Russie – Institut Français de Mongolie – Institut Français d’Ukraine – Alliance Française de Banksa Bystrica en Slovaquie – Alliance Française de Münich en Allemagne.

Note d’intention
De Sophie Laly

Depuis une 20aine d’années, je collabore sous de nombreuses formes (assistanat, captation de spectacle, réalisation de films) avec des danseurs et des chorégraphes.

J’ai notamment réalisé deux films en lien avec des spectacles ; Des Enfants autour de la pièce chorégraphique enfant de Boris Charmatz en 2013, et Taper dans la balle en lien avec la pièce Footballeuse de Mickaël Phelippeau, en 2017.

Mon travail plastique est influencé par les allers-retours que j’opère en filmant la danse ou en m’impliquant en tant que vidéaste au cœur de projets chorégraphiques (Rachid Ouramdane, Latifa Laâbissi, Richard Siegal, Jonathan Capedevielle, et Christian Rizzo). En 2004, je réalise N/EVER une vidéo où le corps est empêché par des résistances opposées.  En 2007, je réalise nous ne sommes pas, le plan séquence d’un paysage traversé par un corps, dont la trace apparait sous forme de fantômes successifs dans un épais brouillard.

Lorsque Sylvain Prunenec m’invite à participer à ce projet in situ : 48ème parallèle, chorégraphies pour longues distances, un voyage qui traverse le continent eurasien ponctué de marches et de moments de danse dans l’espace public, je réalise que je n’ai encore jamais pensé et construit des images avec un danseur dans le paysage à cette échelle.

Je le rejoins à trois reprise, le reste du temps Sylvain est seul pendant les cinq mois de ce voyage. Je rejoins donc un danseur-voyageur solitaire. Et je serai avec lui, à côté de lui, à côté de cette solitude. C’est aussi elle que je vais filmer. Je vais le comprendre en re-visionnant les images après le voyage. Pendant, le voyage je suis happée par les déplacements quotidiens, le rythme du voyage, trouver les lieux opportuns, tourner, inventer sur place, etc. mue par mon intuition, par notre dialogue et immergée dans l’expérience.

Je me rends très vite compte que ce qui m’importe dans ce projet est la globalité de la traversée.

Ce mouvement de 12000 kilomètres par moyen terrestre et maritime, son incongruité, sa poésie, son absurdité aussi.

Je le rejoins donc avec une caméra, mon appareil photo et mon téléphone. Je ne sais rien de ce que nous allons produire. Nous inventons et découvrons tout sur place. C’est un travail empirique, nous testons des situations qui travaillent le rapport du corps avec le paysage. Et pour ce faire, nous inventons effectivement un personnage, une figure, qui n’a pas de visage. Et je filme le plus souvent de loin pour embrasser le paysage et le mouvement que le danseur opère dans le cadre. Je suis seule moi aussi. Parfois, je le hèle, je lui crie mes directions.

Dès le départ, à Tréguennec, dans le Finistère, à la vue de ce palud asséché, couvert d’herbe rase et de poussière jaunâtre, habitée déjà par la perspective de traverser 4 mois plus tard la Russie et des paysages de steppes, je vois la Mongolie, ou les steppes d’Astrakhan. Je m’accroche à cette vision et décide de ne filmer ni le ciel ni l’horizon afin d’échapper à tout indice de localisation et préfère ainsi le trouble causal posé par les images que je filme (où sommes-nous ? Où est-il (le personnage) ?). Je choisis l’abstraction et la composition picturale du paysage dans le cadre, le plus souvent le plan est fixe et le corps est le mouvement (marches, danses, situations, etc.) qui l’habite.

Seuls le corps et le sol apparaissent à l’image permettant ainsi d’envisager la traversée du continent comme un tout, un continuum espace-temps.

Le corps devient mon référent principal, il déploie le temps de l’action, et le sol, « l’unité territoriale » à l’échelle du continent, l’espace.

De cette double situation du corps sans visage et de l’espace sans cause, nous inventons l’histoire de ce danseur solitaire ou l’inverse, de cette solitude qui danse.

J’ai choisi de proposer une installation vidéo plutôt qu’un film. L’installation permettra d’immerger le spectateur dans le regard porté sur ce danseur-voyageur. L’installation restituera l’expérience de l’immersion du voyage, de cette solitude et du regard porté sur cette expérience.

Le dispositif est le suivant : deux écrans se font face dans un carré de 4 mètres de côté. Les écrans sont situés sur deux côtés opposés. Les spectateurs peuvent s’asseoir sur un banc situé au centre.

Le son est l’espace de l’installation. Il crée des moments de synchronicité entre les deux films. Il relie les deux projections et permet au spectateur de se trouver dans une situation d’intériorité. Les images sont le temps et l’action. Les images se regardent dans un espace et un temps commun pour le spectateur.

Sur l’écran 1 il y a un long plan séquence fixe où le corps du danseur improvise (déplacements, trébuchement, arrêts, sauts, chutes…) sur un îlot de terre qui émerge au-dessus de l’eau, il s’agit ici d’incarner le mouvement du voyage, la traversée.

En regard de cet écran 1, un écran 2 qui diffuse un film qui est lui un montage de plusieurs plans, mêlant différents types d’images tournées tout au long de la traversée : images de marche, d’improvisations, de transits (train, bateau, bus).