Pierre Loup
CREATION 2018-2019 / pour 5 danseurs / 50 '
Fable chorégraphique jeune et tout public
librement inspiré du conte musical Pierre et le Loup de Sergueï Prokofiev

Chorégraphie Dominique Brun
Assistée de Sylvain Prunenec

Musique Sergueï Prokofiev
Création sonore David Christoffel

Interprètes danseurs Djino Alolo Sabin, Clarisse Chanel,
Clément Lecigne, Marie Orts, Sylvain Prunenec

Régie générale Christophe Poux
Scénographie Odile Blanchard
Lumières Yves Bernard
Costumes Florence Bruchon

Durée estimée : 50 minutes
à partir de 7 ans

Création 17, 18 et 19 janvier 2019 - Les 2Scènes - Scène nationale de Besançon
avec l’Orchestre Victor Hugo Bourgogne-Franche-Comté

Diffusion avec bande enregistrée
1 et 2 février 2019 CDCN La Place de la Danse / Toulouse Occitanie
28 février et 1er mars 2019 La Maison du théâtre en partenariat avec Le Quartz, dans le cadre de Dansfabrik
7 et 8 mars 2019 Théâtre de Lorient
12 au 15 mars 2019 Les Quinconces - L’Espal, Scène conventionnée Le Mans
19 au 22 mars 2019 Théâtre du Beauvaisis, Scène nationale, Beauvais
27 et 28 mars 2019 CDCN L'Echangeur à Chateau Thierry, dans le cadre du festival Kidanse
18 et 19 avril 2019 La Ferme du Buisson, Scène nationale de Noisiel
9 et 10 mai 2019 Théâtre des Bergeries, Noisy-le-Sec
15 au 17 mai 2019 Le Bateau Feu, Scène nationale de Dunkerque

Diffusion avec orchestre
Avec l’Orchestre Symphonique de Mâcon
13 et 14 février 2019 Le Théâtre, Scène nationale de Mâcon
Avec l’orchestre Les Siècles
9 et 10 mars 2019 Théâtre de Lorient
25 mars 2019 Cité de la musique – Philharmonie de Paris
4 et 5 avril 2019 La Coursive, Scène nationale de la Rochelle

Coproduction
Association du 48
Les 2Scènes - Scène nationale de Besançon
Théâtre du Beauvaisis
Le Dôme Théâtre d’Albertville
CDCN La Place de la Danse / Toulouse Occitanie
L’Echangeur – CDCN – Hauts de France
Le Théâtre, Scène nationale de Mâcon

Avec le soutien d’Arcadi Île-de-France

Et  le soutien du Théâtre des Bergeries de Noisy-le-Sec, la Briqueterie / CDCN du Val-de-Marne,
le studio le Regard du Cygne AMD-XXe et l’Ircam-Centre Pompidou

CREATION 2018-2019

Le conte musical de Sergueï Prokofiev permet de découvrir l’orchestre, de comprendre que l’on entend dans la masse sonore globale, une multitude d’instruments distincts. Il permet de différencier chacun des instruments par le son qu’il produit, de reconnaître ce que les musiciens nomment le timbre. Le timbre concerne un seul et unique instrument, tout comme la voix ne renvoie qu’à une personne. C’est la flûte qui va permettre à Prokofiev d’identifier l’oiseau : le timbre de l’une rappelle le chant del’autre. Parce que l’instrument est « à vent », on l’associe à l’air et l’air nous ramène encore à l’oiseau qui se sert des courants pour voler. Pour la flûte comme pour l’oiseau, cela se passe « en haut » : dans l’aigu pour l’instrument, dans le ciel pour l’oiseau. Un jeu d’analogies et de ressemblances se crée ainsi entre les instruments et les personnages de cette histoire : le hautbois imite le canard, la clarinette, le chat, et il en va de même pour Pierre, le grand-père, les chasseurs et le loup. Si, par son approche, Prokofiev a permis l’écoute de l’orchestre, je voudrais, en ajoutant une dimension chorégraphique à ce conte, favoriser la lecture du mouvement. J’invite les spectateurs à y regarder de plus près, je leur propose des outils pour saisir ce qu’ils voient. Pour ce faire, en préambule à l’histoire racontée par les instruments de l’orchestre, les danseurs nous présentent les catégories qui permettent de penser le mouvement. Il y a l’espace et le temps qui sont ce qu’on appelle les « catégories préexistantes » dans lesquelles le mouvement va se manifester et la force que notre corps déploie pour contrer celle de la gravité. Les danseurs font « comme si » on pouvait voir le temps, l’espace ou la force de façon isolée alors qu’on ne les voit jamais séparément. Au contraire, pour que le mouvement ait lieu, il faut que le temps, l’espace et la force se combinent les uns aux autres.

Éléments moteurs et actions dynamiques
En fait, les danseurs nous donnent à voir deux attitudes motrices possibles vis-à-vis du temps, de l’espace, de la force ; soit « on lutte contre » soit « on s’abandonne à ». Prenons l’exemple de la force, nous sommes obligés de lutter contre la force gravitationnelle pour tenir debout. Or, lorsqu’on cède à la force de gravité, qu’on s’y abandonne de façon souvent involontaire, on tombe ! Il en va de même avec les autres catégories, on peut bouger dans l’espace de façon soit directe, soit indirecte ; dans un temps soit soudain, soit continu, avec une force soit forte, soit faible. En combinant ces six éléments moteurs entre eux, on obtient huit « actions dynamiques » dont deux sont radicalement opposées l’une à l’autre : « frapper » et « flotter ». Un mouvement semble « flotter » s’il résulte de la combinaison d’un temps continu et d’un espace indirect et qu’il s’accomplit avec peu de force. Au contraire, si le danseur active la combinaison inverse et exécute le mouvement en un temps soudain, dans un espace direct, avec beaucoup de force, il « frappe » (il semble donner un coup).
Après ce court préambule – fait avec humour – vient la présentation imaginée par Prokofiev qui favorise la correspondance entre personnage et instrument. Les personnages sont aussi identifiés par une ou deux actions dynamiques, interprétées par un ou plusieurs danseurs. Par exemple, on reconnaît Pierre à sa façon particulière de danser sur son thème joué par les cordes : ses actions dynamiques sont empreintes de légèreté. Au contraire, le loup incarne la gravité. Je joue ici avec le double sens du mot : il bouge avec une force physique démesurée, en même temps qu’il crée la gravité de la situation ce qui inquiète le grand-père  : avec le loup, la mort est proche.

Motifs sonores et visuels des personnages
Prokofiev commence ainsi son histoire : « Écoutez bien, voici l’histoire de Pierre et le loup. Une histoire pas comme les autres. Une histoire qui vous sera contée en musique, et par les instruments de l’orchestre. Comment ? C’est très simple : chaque personnage de l’histoire sera représenté par un instrument différent, qui jouera une petite phrase musicale, facile à retenir. […] »
Vous trouverez, ci-dessous, la présentation de chaque personnage avec l’instrument qui lui correspond. J’ajoute à cela l’action dynamique qui devient son motif dansé.

− Pierre, joyeux et souriant, sera représenté par les instruments à cordes de l’orchestre. Il aura comme principal élément moteur la légèreté , celle de l’enfance. Il se déplacera presque sans force, de façon directe et utilisera deux actions dynamiques complémentaires Tapoter (force faible ) qui deviendra Frapper lorsque Pierre saura trouver la force (forte) de combattre le Loup !

− L’oiseau, ami de Pierre, sera représenté par la flûte, légère et gazouillante. Il utilisera l’action dynamique de Flotter, il n’aura besoin que d’une très faible force – puisque c’est l’air qui le porte – pour voler. Il virevoltera dans l’espace de façon circulaire et dans un temps continu.

− Le chat aux pattes de velours, sera représenté par la douce clarinette. Il utilisera l’action dynamique de Glisser, il sera léger, et progressera de façon continue . Tout comme Pierre, il évoluera dans l’espace de façon directe.

− Le malheureux canard, sera représenté par le hautbois mélancolique. Il utilisera l’action dynamique d’Epousseter, il sera léger et soudain – parce que pataud et maladroit – et se déplacera comme l’oiseau, de façon circulaire (indirecte).

− Le grand-père qui bougonne dans sa barbe, sera représenté par le basson grondeur. Il aura pour principal élément moteur la gravité , celle des adultes. Il utilisera deux actions dynamiques, Fouetter et Presser. Il sera imprévisible et se déplacera tantôt de façon circulaire et soudaine comme un homme ivre, tantôt sombrera sous lui, de façon directe et continue.

− Les drôles de chasseurs qui tirent des coups de fusil, seront représentés par les timbales et la grosse caisse. Ils utiliseront tout comme le grand-père deux actions dynamiques, Fouetter et Frapper, ils seront puissants et/ou lourds et se déplaceront de façon circulaire comme des hommes ivres ou en droite ligne de façon directe comme les soldats d’une minuscule armée de façon soudaine et saccadée.

− Le grand loup gris qui sort du bois, sera représenté par les trois cors, sévères et sombres. Il utilisera l’action dynamique de Tordre, il évoluera avec une force démesurée et son mouvement sera continu et circulaire. Mais sa présence sera surtout évoquée par le son.


Vers une danse abstraite et poétique.
Au fur et à mesure de l’histoire, les personnages en viendront à utiliser d’autres actions dynamiques. Ainsi, Pierre pourra être amené à bouger comme l’oiseau ou même encore comme le loup, le canard pourra imiter le grand-père… Ces actions dynamiques – frapper, flotter, fouetter, glisser, presser, tordre, épousseter, tapoter – caractéristiques des différents personnages, se manifesteront tout au long du récit en se mélangeant toujours davantage pour répondre à la complexité du mouvement dansé, pour en accentuer les nuances et les contrastes. Ces huit verbes d’action constituent ce que Rudolf Laban nomme la « palette » de l’Effort. Ces actions dynamiques permettront aux danseurs d’ancrer les corps dans la puissance expressive de Pierre et le Loup mais aussi de délier la danse de la narration pour l’amener vers plus d’abstraction et de poésie.